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Née en 1986, aux Lilas en Seine-Saint-Denis, Marie Boralevi vit et travaille aujourd’hui à Paris.

En 2009 elle obtient son diplôme des métiers d’arts en gravure, à l’École Supérieure des Arts et Industries Graphiques, Estienne, avec la mention Excellent. Également diplômée avec mention, de l’École Supérieure d’Arts Appliqués Duperré, elle se distingue en 2013 en remportant le prix Pierre Cardin de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France (section gravure). Depuis, ses œuvres sont montrées dans les grandes foires internationales d’art contemporain (telles que : DDessin à Paris ; Art On Paper à Bruxelles ; Art Copenhagen ou encore ST-ART à Strasbourg.) et ses gravures ont été exposées à la Fondation Taylor à Paris ; au musée Pierre Boucher au Canada (pour la 8ème biennale internationale d’estampes contemporaines de Trois-Rivières) ; ainsi qu’au BAL, musée des Beaux Arts de Liège (pour la 10ème biennale internationale de gravures contemporaines).

Marie Boralevi est une artiste aux talents aussi hybrides que ses personnages dont l’ambiguïté brouille la nature de leur identité. Graveuse et dessinatrice, elle maîtrise aussi bien les procédés de la gravure, tels que le vernis mou, l’eau-forte, l’aquatinte et la pointe-sèche, que les techniques mixtes du dessin. Animés par des traits aux tonalités de noirs d’encre et de mines de plomb, les héros masqués de sa mythologie se profilent entre une bestialité fauve et une féminité de guipure. Titanes, Géantes et Amazones portent mille grimages : panaches de plumes, colliers aux perles d’ambre, bijoux en corne ivoirine, ramures de cerfs et poupées de clous… Ces identités de collage reflètent une part de notre humanité mais aussi de notre animalité camouflée, étouffée. Chaque dessin, chaque gravure, constitue à lui seul un récit interrompu à l’instant le plus paisible de sa narration. Le silence du papier opalin enveloppe de curieux personnages, laissant s’exprimer l’intensité fougueuse et tout à la fois inerte de leurs corps alanguis. Le trait est primitif, la ligne est origine, les contours n’ont plus d’âge. Sous le chapiteau de ce cirque nomade, des saltimbanques d’un autre temps jouent la comédie de l’hybridité genrée et dégénérée.
©  Oriane Girard – assistante DDessin {16} – 2016

En dévoilant, au fil de ses œuvres, des êtres composites, qui frappent par la polyvalence de leurs corps, Marie Boralevi décline une galerie de personnages dont l’ambigüité brouille les frontières de genres, et d’espèces. Son travail sériel semble au service d’une volonté  presque instinctuelle de faire renaître des souvenirs bricolés. Hors du temps. Entre rêve et réalité.  Mêlant les clichés intimes de sa légende familiale aux images d’anonymes, et aux symboles d’un autre âge, c’est à partir de photographies que l’artiste, graveuse de formation, dessine. Au terme d’une étrange fouille et par la libre ordonnance de fragments récoltés, elle donne à chacune de ses œuvres une perspective infinie, hors des repères de temps et d’espace qui nous sont familiers. Impossible éclosion, Séquelles sauvages, Bêtes intérieure, Esquive du lion chauve : autant de titres et de vertiges, par lesquels Marie Boralevi chahute doucement – selon ses propres termes – « les meutes souterraines du corps », et nous donne à expérimenter un état de nature déréglé. Ces tribus, ou fratries mythifiées, en permanente hybridation, nous plongent instinctivement dans les temps reculés de l’enfance, dans la mentalité primitive ; bien avant la différenciation des espèces. Là où il n’est ni inouï, ni absurde que l’animal puisse apparaître sous forme humaine et que le bois ou la plante soient ancêtres du loup. © Hélène Le Roi Vambraie – pour « Drawings » à la Galerie Dukan – 2015

L’univers de Marie Boralevi est d’abord et avant tout celui du rêve essentiel. Naître, renaître, couper, recoller, refondre, son travail est tout entier dans l’idéal d’une renaissance qui bien sûr vient s’échouer tendrement dans le sommeil pour s’enthousiasmer, encore et encore au matin des magiciens. Elle murmure en secret sa rage muette de la métamorphose, sa litanie d’une éternelle genèse, d’ images surgies du nulle part, cueillies dans la primeur d’aubes inédites. Indicibles, sauvages, innomées, ses visions s’arrachent comme des membres, et Alice brise son miroir en chantant, célébrant la soudaine poussée de ses deux bois de cerf. Ne jamais dormir, sinon ne jamais s’éveiller, pleurer toujours le sabbat magnifique des nuits pâles où s’ébroue l’animal, poilu, cornu, minaudant sous les jupes du chaperon rose. Boralevi se joue des limites et des frontières. Elle passe la muraille du temps, elle nous conduit par la main dans le champ de notre préhistoire magnétique, de nos destinées hirsutes. Sauvage et sophistiqué, son univers décline une galerie de personnages tendres et terribles, d’humains mutants à peine déclarés, mi-hommes mi- bêtes en prise au sentimental. «Esquive du lion chauve» «Séquelle sauvage» la bête est humaine, trop humaine, et elle nous émeut nous fait sourire, sorte de comédie savante des cavernes toute empreinte d’une formidable poésie. Mais voilà, on se déchiquette, on s’enlève des bouts de corps, on se violente sans y toucher, «pardonnez mademoiselle je viens de vous arracher votre tête, que tout ceci reste entre nous»… Celle de Marie s’amuse, nous offrant son bestiaire inspiré des saynètes de nos vies bancales, qui emprunte à l’esthétique des premiers explorateurs fascinés par les mondes indigènes. Dessins et collages sont réalisés avec une attention divine aux détails, une virtuosité et une grâce d’exécution qui signe à coup sûr un talent visionnaire. © LA RALENTIE – Marie Boralevi par Isabelle Floc’h – Octobre, 2014

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